Le Conseil de l’Union européenne a adopté le 22 septembre 2025, à la suite d’un accord provisoire avec le Parlement européen, le règlement visant à prévenir la perte de granulés de plastique – également appelés » nurdles » –tout au long de la chaîne d’approvisionnement, afin de réduire la pollution microplastique.
Une étape clé dans la politique de « pollution zéro » de l’Europe
Le règlement vise à établir des obligations exécutoires pour les opérateurs impliqués dans la manipulation, le transport et la transformation des granulés de plastique, de la production au nettoyage des conteneurs, y compris le transport maritime (article 1).
Actuellement, les pertes de granulés sont estimées être la troisième plus grande source de microplastiques rejetés involontairement dans l’environnement au sein de l’Union européenne (considérant 5).
Champ d’application et principales obligations
Le règlement s’applique aux opérateurs économiques qui manipulent des granulés de plastique en quantités égales ou supérieures à cinq tonnes au cours de l’année précédente, aux opérateurs économiques qui nettoient les conteneurs et les réservoirs de granulés, aux transporteurs (communautaires et non communautaires) opérant sur le territoire de l’UE, ainsi qu’aux chargeurs, opérateurs, agents et capitaines de navires transportant des granulés dans des conteneurs qui entrent dans un port d’un État membre, le quittent ou y font escale (article 1, paragraphe 2).
Cette règle oblige généralement ces exploitants à veiller à ce que les pertes soient évitées ; si elles se produisent, la règle exige que des mesures immédiates soient prises pour les contenir et les nettoyer (article 3.1). Les opérateurs doivent également notifier aux autorités compétentes de chaque État membre chaque installation de cet État membre qu’ils exploitent ou contrôlent, en précisant si l’installation notifiée traite moins, égal ou plus de 1500 tonnes de granulés par an. En outre, avant de transporter des granulés de plastique pour la première fois dans l’Union, les transporteurs sont tenus de notifier leur participation aux autorités compétentes de l’État membre dans lequel le transporteur est établi (article 3, paragraphe 2).
Cette norme fixe également un certain nombre d’obligations pour les opérateurs économiques en ce qui concerne la manipulation des granulés de plastique. Ces obligations comprennent l’élaboration d’un plan de gestion des risques pour chaque installation, en tenant compte de la nature, de la taille de l’installation et de l’ampleur de ses opérations ; l’installation de l’équipement et la mise en œuvre des procédures prévues dans le plan de gestion des risques ; ou la notification de ce plan de gestion à l’autorité compétente (article 5.1). Les opérateurs économiques, les transporteurs de l’UE et les transporteurs non européens sont également tenus de s’assurer que leur personnel est correctement formé pour se conformer au règlement et de tenir un registre du montant annuel estimé des pertes et des quantités totales de granulés de plastique manipulés (article 5.6).
Pour le transport maritime, des obligations spécifiques sont prévues, comme l’utilisation par les expéditeurs d’emballages de bonne qualité pouvant résister aux chocs et aux charges, ou le positionnement des conteneurs contenant des granulés de plastique sous le pont du navire, ou dans la mesure du possible à bord dans des zones abritées des ponts exposés (article 12).
Certification
L’article 6 établit un système de certification obligatoire pour les entreprises qui traitent plus de 1 500 tonnes de granulés de plastique par an, afin de garantir que leurs processus sont conformes aux exigences environnementales et de sécurité énoncées à l’annexe I. En substance, les grandes entreprises devront obtenir un certificat tous les trois ans, les moyennes entreprises tous les quatre ans et les petites entreprises tous les cinq ans, dans les délais fixés à partir de l’entrée en vigueur du règlement. Ce certificat, délivré par un certificateur agréé à la suite d’inspections sur place, attestera que l’installation dispose d’un plan de gestion des risques adéquat pour prévenir, contenir et nettoyer toute fuite ou perte de lisier. Ce plan doit comprendre un plan du site, l’identification des zones à risque, les procédures de manipulation et de nettoyage, l’équipement utilisé et le rôle du personnel responsable.
Toutefois, les entreprises traitant moins de 1 500 tonnes par an sont exclues de ces obligations plus ambitieuses et ne sont soumises qu’à des obligations moins contraignantes, telles que la notification à l’autorité compétente de l’État membre dans lequel l’installation est située d’une mise à jour du plan de gestion des risques et le renouvellement d’une déclaration de responsabilité tous les cinq ans.
Implications juridiques et prochaines étapes
Comme il s’agit d’un règlement, il sera directement applicable dans tous les États membres dès sa publication au Journal officiel de l’Union européenne. Il entrera en vigueur 20 jours après sa publication. De nombreuses dispositions s’appliqueront 24 mois après l’entrée en vigueur (par exemple, les obligations concernant la manipulation des granulés de plastique à l’article 5). Pour les dispositions relatives au transport maritime, une période transitoire de 36 mois est prévue.
D’un point de vue juridique, le règlement introduit une nouvelle norme de diligence pour la manipulation des matières premières plastiques. Il jette également les bases d’éventuelles sanctions (article 20), au-delà des obligations imposées aux États membres par la directive (UE) 2024/1203 du Parlement européen et du Conseil relative à la protection de l’environnement par le droit pénal.
Dans l’ensemble, le nouveau règlement de l’UE sur les pertes de granulés de plastique représente une avancée significative dans la prévention de la pollution microplastique. Toutefois, les obligations réduites pour les entreprises traitant moins de 1 500 tonnes de granulés par an doivent être critiquées.






